L'agression entre chiens - pourquoi et comment éviter les conflits?

Une grande majorité d’entre vous a déjà assisté à une bagarre entre deux chiens. Elles sont souvent impressionnantes aux yeux de ceux qui en sont témoins et elles créent l’incompréhension. Alors aujourd’hui, nous tenterons de démystifier le tout.



Qu’est-ce que l’agression ?


Selon plusieurs experts, dont le comportementaliste Joël Dehasse, «Une agression se définit comme étant une menace ou un acte physique ayant comme résultat d’obliger un autre individu à rester à distance…»(1). L’autre individu en question n’est jamais consentant !


Dans la nature, les comportements agressifs sont indispensables, car ils permettent à un individu d’augmenter ses chances de se nourrir ainsi que de se reproduire. C’est la loi du plus fort : manger sans être tué. Toutefois, dans le monde de nos animaux de compagnies, les agressions sont, plus souvent qu'autrement, ritualisées. « C’est-à-dire que les séquences comportementales sont détournées de leur signification d’origine (Ex. : jouer au lieu de blesser)(1). C’est plutôt une belle caricature des mouvements, positions et mimiques, car tout y est exagéré afin de mieux faire passer un message. » (1). Le but n’est pas de tuer ou de blesser l’adversaire, mais plutôt de résoudre un conflit. C’est pourquoi les agressions peuvent nous paraître aussi impressionnantes et violentes, même s’il n’en est souvent rien. L’agression ritualisée se manifeste principalement par de gros grognements, l’exhibition des crocs, des claquements de dents (mordre dans le vide), ou encore par des morsures dirigées à des endroits non fatals, tels que le dessus du cou, le visage, la tête, le dos et les pattes (1). De façon générale, plus l’agression est bruyante, brusque et dramatique, moins les risques de blessures graves sont élevés. Cependant, il est essentiel de garder en tête que certaines agressions ne sont pas ritualisées et que malheureusement, elles peuvent être fatales. Et ce, même si initialement, le but premier est d’intimider et de faire peur à l’autre chien. Une dispute qui semble anodine peut rapidement dégénérer en bagarre!

Il est important de mentionner que l’inhibition de morsure chez un chien joue un rôle primordial lorsque l’on fait référence à une morsure non fatale. L’inhibition de morsure s’acquiert avant l’âge de 4 mois chez le chiot et se traduit par le degré de pression qu’effectue la mâchoire lors d’une morsure (1). Les conséquences d’une morsure peuvent donc résulter en de profondes lacérations ou de simples traces de salives sur l’adversaire.



Gestion des interactions entre chiens dans un parc canin


Lorsque l’on fait référence à la gestion des interactions entre chiens dans un parc canin, une question revient fréquemment : doit-on laisser les chiens régler eux-mêmes leur conflit? La réponse est NON! En ne laissant pas les chiens régler eux-mêmes leur conflit, on évite ainsi les agressions non contenus et donc les traumatismes potentiels. On ne peut pas comparer l’historique de jeux et d’interactions entre deux ou trois chiens vivants sous le même toit et une vingtaine de chiens inconnus regroupés dans un même espace. Dans un parc canin, les émotions et la surexcitabilité des chiens changent très rapidement, ce qui a pour conséquence d’augmenter considérablement les risques d’incidents potentiels.


Avez-vous déjà entendu parler du « Ganging »? Le ganging est une contagion émotionnelle de l’excitation ; plus il y a d’individus, plus l’excitation augmente, moins les chiens sont conscients ou présents dans le moment (4). Un peu comme lors d'une émeute chez les humains. Les chiens se laissent emporter par les comportements du groupe. Donc si deux chiens se mettent à en pourchasser un autre, l’effet de groupe peut faire en sorte que tous les autres chiens se mettent également à pourchasser ce même chien. Puisque les chiens ne sont plus en contrôle d’eux-mêmes, de graves conséquences peuvent parfois en résulter, pouvant aller jusqu’à la mise à mort du chien pourchassé. Il est donc hyper important de toujours garder un œil sur notre chien lorsqu’on est dans un parc canin. Si vous observez plusieurs chiens se rassembler, la meilleure solution pour prévenir toutes éventualités est de séparer les chiens. Cela leur permettra de faire descendre leur niveau d’excitation et d’aller vaguer à d’autres occupations.





Les 4 types de chiens selon leur personnalité :


Il est aussi important de comprendre que les chiens n’ont pas tous le même tempérament, la même personnalité et les mêmes habiletés sociales. Cependant, il est possible de les catégoriser de façon générale en 4 types de chiens (2) : Fido, Tarzan, Princesse et Pesto.


1) Fido

Fido est un chien équilibré qui sait bien lire et parler le langage canin. Il sait reconnaître l’état d’esprit des autres chiens avec lesquelles il interagit, en interprétant correctement la signification de leurs postures, mimiques et signaux. Fido a de bonnes habiletés sociales, car il est poli et respectueux à l’égard des autres chiens. Ce n’est pas un chien qui cause des agressions, mais il peut parfois en être la victime. C'est le candidat idéal dans les parcs canin.


2) Tarzan

Le chien de type Tarzan est vif et trop motivé. Il aborde les autres chiens de manière brusque et cavalière en allant directement dans leur visage; dans leur bulle. Conséquemment, il est enclin à causer de la peur ou encore de l’exaspération chez les autres chiens, pouvant ainsi escalader jusqu’en agression. Tarzan n’est pas un mauvais chien! Il est simplement grossier dans sa manière d’interagir avec les autres puisqu’il a un déficit au niveau de ses habiletés sociales. Les causes de ce déficit peuvent être dût à un manque de socialisation, c’est-à-dire que le chien a rencontré très peu de chiens équilibrés au cours de sa vie, ou simplement à une tendance inhérente à la race (Aaa la génétique :P). Dans un parc à chien, Tarzan doit être surveillé de près.



3) Princesse

Princesse est un chien ou une chienne qui a besoin de beaucoup d’espace puisqu’elle a une très grande bulle. Elle supporte mal la proximité avec d’autres chiens, généralement par peur, ce qui lui donne l’image ou la réputation d’être antisociale. Probablement

pour les mêmes raisons que Tarzan, Princesse a aussi un déficit au niveau de ses habiletés sociales. Cependant, elle le manifeste différemment en étant soit :

  • Complètement désintéressée des autres chiens jusqu’à ce que l’un d’entre eux s’approche trop. C’est alors que Princesse émettra des signaux de menaces, tels que des grondements, des grognements, des claquements de dents, etc. pouvant escalader jusqu’à l’agression si l’autre chien ne respecte pas ceux-ci.

  • Proactive, en émettant directement des signaux de menaces qui cesseront seulement lorsque les autres chiens seront à une distance jugée sécuritaire selon elle.


Attention ici à ne pas confondre avec un chien qui est simplement sélectif quant au type de chien avec lequel il préfère interagir. Cela est un comportement tout à fait normal que les chiens adoptent autour de l’âge de 3 ans. Nous considérons que le chien de type Princesse n’est pas vraiment à sa place dans un parc canin.


4) Pesto

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Finalement, il y a le chien de type Pesto : le harceleur. C’est un chien qui aime jouer de façon très brusque et dure. Il a tendance à harceler continuellement le même chien (victime) ou le même type de chiens, soit généralement les chiens plus craintifs et moins confiants. Il revient constamment à la charge malgré leurs signaux d’apaisements et de stress, provoquant ainsi chez eux une grande détresse. Pesto doit être éduqué et surveillé de très près dans un parc canin.




Les causes potentielles pouvant mener à l'agression entre chiens au parc canin :


Les agressions entre chiens sont susceptibles d’éclater pour biens des raisons. Cependant, les causes potentielles fréquentes sont majoritairement dût à la « predatory drift », à la protection de ressources, au manque d’habileté pour le jeu, et par l’interaction entre types de chiens incompatibles.


1) Predatory drift ou « dérive de prédation » (1; 2)

Ce comportement survient lors d’un déclenchement imprévisible des réflexes de prédation chez un chien au cours d’une interaction sociale pouvant mener à la mort de la proie (2). Le déclencheur de la « predatory drift » est contextuel contrairement à la prédation générale chez un chien qui poursuivrait toujours tous les écureuils lors d’une promenade. Ce phénomène peut se produire chez n’importe lequel chien, détenant un historique de prédation ou non, et peut ne jamais se reproduire par la suite. L’effet de groupe (deux chiens et plus, peu importe leur taille) poursuivant un autre chien peut également favoriser le déclenchement de la « predatory drift ».