S.O.S ! Comment savoir si mon chien joue bien avec les autres chiens au parc canin ou à la maison?


Le jeu est une activité sociale importante chez le chien. C’est par exemple à travers le jeu que les chiots en apprennent sur eux-mêmes, leurs limites et leur environnement. C’est également à travers le jeu que les chiens apprennent et pratiquent le langage canin et ainsi comment éviter les conflits. Mais qu’est-ce que représente le jeu chez le chien ? C’est en fait la pratique d’activités « normales », comme la chasse, la reproduction ou le combat, mais effectuées hors contexte, de façon exagérée et dont la finale est altérée ou incomplète (2). Par exemple, le chien qui en poursuit un autre pratique ses habiletés à chasser. Toutefois, celui-ci n’effectuera pas autant de mouvements efficaces et n’attrapera pas l’autre chien pour le tuer au final. De l’autre côté, le poursuivi ne tentera pas de fuir pour survivre et même qu’il pourrait s’autohandicaper, soit courir moins rapidement pour se laisser prendre ou se laisser tomber au sol. Normalement, le jeu ne devrait pas apporter de « mauvaises émotions » chez le chien tel que la colère, la peur et la tristesse (1). Même si un jeu est rude et brutal, cela demeure du jeu sans nuire, intimider ou blesser son adversaire. Lorsque l’on observe des réactions émotionnelles aversives lors d’une interaction entre deux chiens, c’est qu’il n’y a plus de jeu (1).


Le jeu intercanin peut être mal interprété par les propriétaires de chiens : on ne sait pas toujours si l’interaction entre les chiens (ex. grognement, chevauchement, rudesse, etc.) demeure du jeu ou annonce un conflit ou une agression. Tout changement, tel que l’ajout d’un chien au sein du groupe apporte de nouvelles interactions entre eux, bonnes comme mauvaises (2). C’est pourquoi il est important de bien connaître son chien, de bien évaluer lorsqu’il aime ou n’aime pas l’interaction du moment et de le surveiller au parc à chien afin d’éviter que l’interaction ne devienne négative. Cet article sur le jeu intercanin vous permettra d’en comprendre davantage sur les fonctions du jeu, les différents types de jeu ainsi que sur comment reconnaître une bonne et une mauvaise interaction.



Pourquoi les chiens jouent-ils ?


Tout d’abord, il est important de comprendre “pourquoi est-il important de laisser jouer des chiens ou des chiots entre eux?” et “quels bénéfices tirent-ils de ces échanges?”. Le jeu est une activité qui permet au chien d’obtenir un moment de plaisir et qui a comme principale fonction la dépense énergétique ainsi que l’apprentissage (2). À noter que d’autres activités permettent à votre chien de dépenser leur énergie. Notamment tout ce qui à trait à la promenade ou la course, à la recherche d'objets ou de nourriture à l’aide de sa truffe, à la stimulation mentale à l’aide de jouets interactifs et bien plus! Donc si votre chien n’est pas un fervent du parc canin ou des sessions de jeux à la maison, plusieurs autres solutions s’offrent à vous. Le jeu offre également un volet apprentissage aux chiens en leur permettant de :


1. Pratiquer leurs habiletés sociales, c’est-à-dire comment bien parler « le chien », comment bien interagir avec un autre chien et comment résoudre les conflits. On parle entre autres d’inhibition de morsure, de position d’immobilité*, de respect des signaux d’apaisement et d’inconfort, de respect du rituel d’accueil et j’en passe.


* La position d’immobilité :

Posture élémentaire et fondamentale de demande d'arrêt d'une interaction sociale (3). Le chien qui s’immobilise peut le faire en en position debout, assise ou couchée ventrale, latérale ou dorsale. Il est toutefois plus fréquent de voir le chiot s’immobiliser en se couchant au sol et en laissant voir son ventre lors d'une interaction sociale. « La posture d'immobilité devrait être acquise et utilisée en conflit social dès l'âge de 4 mois. La capacité de demander l'arrêt et d'arrêter une interaction sociale est fondamentale chez les individus sociaux, pour réduire les émotions fortes, les dérapages agressifs qui pourraient entraîner des blessures. Dans le cas où cette posture d'immobilité n'est pas acquise, n'est pas utilisée dans le contexte social, et n'est pas comprise lorsqu'un autre chien la propose, on parle de dyssocialisation. »(3).


*** Crédit Photo : http://www.ethogramme-chien.info/comportement/immobilite.sociale.html



​2. Développer des habiletés motrices et de coordination telles que le sprint, le saut, les culbutes et les chutes, déjouer son adversaire, etc.​


Voici un exemple où un chien fait des culbutes lors d'une session de jeu :



3. Pratiquer tous les comportements normaux en version modérée et sécuritaire. On parle par exemple de comportements de chasse pour se nourrir (poursuite), de comportement reproducteur (chevauchement) pour se reproduire et de comportement de fuite et/ou de bagarre pour se défendre (combat).





Quels sont les signaux qui nous indiquent que le jeu demeure du jeu?


L’intensité du jeu et la motivation des chiens peuvent rapidement changer lors d’une interaction. La supervision des chiens vous aidera à identifier quand est-ce que les comportements supposés exagérés deviennent trop sérieux et quand intervenir afin de prévenir un conflit.



Le jeu intercanin inclut généralement les comportements et gestes suivants (2):


1. Des corps fluides : en général, un chien qui a un corps détendu et fluide démontre qu’il est dans un état de jeu ou de joie, contrairement à un chien qui a une posture rigide et tendue. Bien qu’il puisse y avoir parfois accélération du rythme et de l’intensité, le corps des chiens qui jouent demeure fluide. Tout semble être en rondeur et détendu : la queue, les fesses, les épaules, etc. ​



Goofy

2. Des gambades, des sauts généralement latéraux ainsi que des gestes exagérés et inefficaces : les chiens agissent bêtement tel que Goofy, le personnage de Walt Disney.

Lors du jeu on voit souvent les chiens sauter sauvagement dans les airs pour assaillir son adversaire, tourner sur eux-mêmes et répéter les mêmes mouvements. On comprend que c'est du jeu, puisque ces mouvements exagérés consomment plus d'énergie que les chiens n'en utiliseraient s'ils se battaient réellement. Également, les mouvements sont davantage latéraux (petits sauts de côtés) que dirigés de l’avant à l’arrière.

Crédit Vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=pfx60h5TZKA

​3. Le soulèvement de l’une des pattes avant : un chien qui lève sa patte face à un autre ou qui tente de toucher un animal ou un objet avec celle-ci est un signal lui permettant d’obtenir l’attention de l’autre, lui démontrer qu’il ne veut pas de conflits et parfois pour initier le jeu.


Paw lifting




​4. Faire la révérence (appel au jeu): c’est lorsque le derrière du chien est relevé dans les aires alors que le devant du corps est couché au sol. La révérence sert souvent à initier le jeu entre les chiens. Certains chiens sautent vers un autre chien dans une fausse attaque exubérante qui se termine par une révérence. Le chien démontre donc que malgré son « attaque », au final, il veut jouer !














Playface

​5. Avoir un air Goofy (playface) : le chien semble sourire, les muscles du visage sont détendus, la bouche est entrouverte, etc.









Crédit Photo : http://www.ispeakdog.org/play-behavior.html






6. Mordre à des endroits non dangereux : lors du jeu les chiens se mordillent à des endroits non fatals, afin de ne pas y blesser le chien non intentionnellement. On parle du haut du cou, de la tête, du visage (babines, museau...), du dos et des pattes.







​7. S'handicaper : lors du jeu, les chiens qui s’autohandicapent vont volontairement se rendre vulnérables en se laissant tomber au sol et en exposant leur ventre, ainsi qu’en se laissant attraper lors d’une poursuite.


*** Crédit vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=cmhv_8khwVw


​8. En redemander ! Les chiens continuent à jouer et reviennent toujours à la charge. Même le chien qui se retrouve sur le dos, soit en position “vulnérable”, ne veut pas s’arrêter de jouer. Ils joueront probablement à tour de rôle avec la plupart des comportements de combat si tout se passe bien et que cela demeure du jeu.



Au contraire, voici des signaux qui nous démontrent que le jeu n’est plus un jeu :


​1. Le chien qui ne veut pas jouer aura une attitude assez statique et rigide. Il aura la gueule fermée et possiblement les poils hérissés. Il ne faut pas se fier uniquement au mouvement de la queue, qui pourrait demeurer en mouvement généralement plus rapide et saccadé. Le chien effectuera des mouvements rapides et efficaces – plus de gambades et de petits sauts amusants.



2. ​Le chien qui n’est pas confortable avec le jeu pourrait aussi se traduire par une tête basse, un dos rond, les oreilles plaquées sur la tête et la queue entre les pattes. Si l’autre chien ne comprend pas les signaux d’apaisement et d’inconfort envoyés par le chien inconfortable, ce dernier voudra fort probablement le prévenir avec un peu plus d’intensité que le jeu ne sera pas une option dans cette interaction. Par conséquent, il pourrait donc y avoir grognements bas et grave (presque sourd), retroussement des babines, dents visibles, léchage de truffe, claquement de la mâchoire (morsure dans le vide), jappements, etc.


Dans la vidéo ci-bas, le plus petit chien démontre clairement qu'il n'a pas envie de jouer avec les deux autres. Il préfère jouer seul avec son ballon.




Les différents types de jeu :

Comme les enfants, les chiens ont leurs propres façons de jouer. Certains chiens préfèrent une activité rude et active, d'autres aiment la lutte, et d'autres encore apprécient des interactions calmes et douces. Il est donc préférable de faire jouer ensemble deux chiens qui aiment le même style de jeu. Ces styles peuvent être classés en quatre groupes plus fréquemment observés: la poursuite, le combat (lutte), la boxe et le rentre-dedans (body-slaming).




​1. Poursuivre ou se faire poursuivre :


Au parc à chien, on observe souvent des chiens se courir après les uns les autres. C’est un jeu apprécié par plusieurs et qui implique des chiens qui aiment chasser les autres chiens ainsi que des chiens qui aiment être pourchassés. Attention tout de même à ce qu’un chien ne se fasse pas poursuivre par plusieurs chiens trop longtemps. Le saviez-vous? Il peut y avoir contagion émotionnelle lorsque plusieurs chiens se rassemblent et effectuent la même action. C’est ce que l’on appelle le « ganging » ou “l’effet de groupe”. La poursuite peut rapidement augmenter l’excitation et, par le fait même, la frustration chez les chiens, il est donc préférable de limiter ce type de jeu à 1 ou 2 minutes à la fois (2). Par ailleurs, lors de ces poursuites, il est important de bien observer si tous les chiens présents sont confortables avec le jeu et ne le subissent pas! Pour qu’une séance de jeu se passe bien, il est important que les rôles s’inversent de temps à autre. Toutefois certains chiens excellent et adorent être le poursuivi ou le poursuivant alors que d’autres ne tolèrent pas du tout être le poursuivi. Surveillez donc bien les interactions que votre chien aura avec ses compatriotes au parc.




​2. Lutter :


Les chiens peuvent lutter lorsque debout ou coucher. Dans les deux cas, les chiens prennent plaisir à se mordre, ou plutôt se mordiller, principalement au cou, mais aussi au visage, aux oreilles et aux pattes (aux endroits non dangereux ou fatals). On observe surtout la lutte couchée chez les chiots, mais aussi chez les chiens adultes trop fatigués ou qui se connaissent déjà très bien. En effet, la position couchée demeure une posture vulnérable pour le chien. C'est le style de jeu que de nombreux propriétaires de chiens trouvent plus alarmant, puisqu’on y voit souvent les dents des chiens, qu’on entend davantage de grondements et de jappements et que les chiens se mordent brusquement. Les propriétaires craignent donc que les chiens ne se blessent. Assurez-vous que lors de ce jeu les chiens soient détendus, tout en rondeur! Au contraire, si un chien en plaque un autre au sol et fige au-dessus de lui, il vaut mieux intervenir. Ce comportement est généralement désagréable et intimidant pour le chien plaqué au sol, et une bagarre peut en résulter si le chien « soumis » tente de se relever.

Crédit vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=OjZP1-uRN-4

Également, si la lutte devient verticale (les chiens semblent debout sur leurs pattes arrière) c’est que l’intensité augmente et qu’il vaut mieux intervenir. Dans une situation idéale, il y a un équilibre entre le jeu et les chiens changeront de position, se plaquant au sol à tour de rôle.





3. Boxer :


Les chiens se lèvent sur leurs pattes arrière et jouent avec leurs pattes avant à la manière d’un boxeur. Ce type de jeu peut également inclure des mouvements rapides et exagérés au cours desquels les chiens tournent autour des uns des autres. Il est plus fréquent d’observer ce jeu chez les petits chiens.




​4. Body slamming : (le rentre-dedans)


Certains chiens, principalement les grandes races, semblent faire du jeu un sport de contact et aiment sauter sur les autres, bref leur rentrer dedans. Vous le voyez souvent chez les chiens qui font dos aux autres et semblent leur donner des coups de fesse. Ce style de jeu doit être davantage surveillé afin que les chiens ne deviennent pas trop stimulés et intenses. Ce ne sont effectivement pas tous les chiens qui aiment jouer de cette façon. Par exemple, ce type de jeu ne fonctionne pas du tout avec les chiens qui aiment généralement boxer. Et pourtant ils en seront souvent la victime : Didi le caniche, n’apprécie pas les singeries et la brutalité d’Eska le Husky.




​5. Le tug (se nourrir)


C’est lorsque deux chiens s’amusent à tirer chacun de leur côté un objet (ex. : une branche d’arbre) ou un jouet. Généralement les chiens tirent ou secouent l’objet chacun de leur côté afin de gagner et de pouvoir se pavaner avec son trophée. Un jeu de poursuite peut s’en suivre jusqu’à ce que l’autre chien réussit à l’attraper à nouveau.


​6. Monter ou chevaucher


Chez le chien, nous voyons principalement les quatre types de jeu énoncés plus haut. Toutefois, il est aussi tout à fait normal d’observer certains comportements de reproduction (n’oubliez pas, le jeu se traduit par des activités hors contextes), tels que monter ou chevaucher les autres chiens. Eh oui, un chien trop excité lors d’une période de jeu, ou un jeune chien maladroit pourraient chevaucher son compatriote. À noter que lorsque le chevauchement devient excessif (mauvaises habitudes, toc, etc.), que le chien exerce le comportement à répétition, et que celui qui se fait monter démontre son inconfort, il vaut mieux intervenir et retirer le chien. Le chevauchement peut également être exercé par un chien suite à un inconfort ou un stress et finalement aussi par désir sexuel. Les femelles en chaleur ne sont donc pas acceptées dans les parcs canins - trop d’accidents et conflits peuvent s’en suivre !




*** À noter qu’il est normal d’entendre japper ou grogner lors du jeu. Les chiens communiquent leur excitation, leur nervosité et même leur frustration de cette façon.